Aucune idée de l'origine du nom de "Bella Coola", même si on peut avancer facilement des hypothèses. Les autochtones qui vivaient à la cool dans cette belle vallée fertile débouchant sur un fjord riche en saumons on vu débarquer Alex MacKenzie en 1793, premier blanc à traverser le Canada à pied.
Puis des colons norvégiens se sont installés 100 ans plus tard et y ont planté des choux à la mode de chez eux pour alimenter les communautés de pionniers/colons/bûcherons environnantes. Avec la fermeture des scieries et autres usines de papier de la région ces trente dernières années, les champs sont en jachère et les habitants vivent de l'industrie forestière, de la pêche et des touristes qui débarquent ou embarquent du fameux ferry hebdomadaire (oui, parce que Bella Coola est au bout d'une unique route de 500km de long dont on évite de faire l'aller-retour).
Avant d'attaquer la dite route, nous avons voulu contempler nous-mêmes le panorama qui attendait Alex quand il a débarqué (et que vous avez déjà contemplé au début de ce post). Hop, un bébé chacun, Julie dans la main et un sac sur le dos et on monte voir le viewpoint en suivant Julie-la-guide. Vingt minute aller selon le dépliant de BC Parks, on mis le double mais c'était rigolo quand même.
Puis la fameuse route, "The Hill" (la colline) comme on l'appelle ici, qui commence par 30km de piste non goudronnée avec des bouts à 18%, réalisée en 1953 par des habitants de Bella Coola qui voulaient relier leur bled au reste du monde par la route.
En fait, elle est vraiment carrossable, et tant mieux: un camion (qu'on a humblement laissé nous dépasser, comme les Subaru Impreza aux plaques VS qui talonnent dans la montée de Vercorin) fait deux fois par semaine l'aller-retour avec Williams Lake (à 500 km, donc) pour ravitailler ce petit monde en produits frais californiens et autres produits divers et variés, dont une vuvuzela en plastique designée en Afrique du Sud, produite en Chine et expédiée dans ce trou perdu en quelques semaines, vraisemblablement. Le progrès, on vous dit.

En continuant dans la montée, même les daltoniens ont observé qu'une bonne partie des arbres n'étaient pas de la bonne couleur. En fait, on est en plein dans la zone affectée par le Dendroctone du pin ponderosa (Mountain pine beetle) qui adoooore les vieux Pins tordus (lodgepole pine trees) et qui se développe de façon épidémique essentiellement pour deux raisons: d'une part, les feux de forêts sont (un peu) contrôlés et il y a donc proportionnellement plus de vieux arbres qu'avant; et d'autre part, ces coléoptères survivent difficilement aux hivers rigoureux, et comme tout se réchauffe et ben c'est la fête.
On arrive ensuite en haut dans le Chilcotin, vaste étendue de 200km par 200km (environ) traversée par une seule route avec juste quelques hameaux, mais d'incroyables et magnifiques paysages vraiment variés (allez voir les autres photos ici).
Bon, c'est assez descriptif et contemplatif, ce post. Allez, on parle un peu de nous. On s'est arrêté pour la nuit à Anahim Lake, tout excité parce que c'était le week end du Stampede (Rodéo régional). Mais, caramba, le camping est à 10 km du bled donc pas faisable d'y aller faire un tour pour un quadrille en vitesse. Ben oui, trois filles en bas âge plus un bus camping, c'est moins flexible qu'un couple sous tente en voiture/vélo. Ah, les temps changent. Et le programme du dimanche ne commence qu'à 13h et avec la route qu'il nous reste... Tant pis, on prend un peu l'ambiance cow-boy de la région dans la station service et le general store locaux. Yee-haa.

Au camping, donc, Estelle et Marion prennent leurs pieds sur le lit de leurs parents sans avoir trop l'air de souffrir de l'apparition de leur cinquième et première dents, respectivement. Et à défaut du Stampede, le camping est vraiment magnifique au bord d'un lac et on y est tout seul (on a eu un peu peur en apprenant qu'une division héliportée de 30 pompiers devaient y passer la nuit et repartir à 5h le lendemain pour un feu de forêt dans la région, mais ils ont finalement décommandé). Donc en mangeant tranquillou nos pâtes devant le bus au bord du lac et au milieu des moustiques (un truc de fou, notre record de moustiques après la ferme aux crocodiles de l'Isla de la Juventud à Cuba), on a vu deux castors nager à 20m et une bonne douzaines de pélicans (photos là). On s'est donc improvisé une petite soirée wildlife watching.

On continue la route, et il se trouve qu'on est le matin du 11 juillet. 11 juillet au matin, avec le décalage horaire ça sent le coup d'envoi de la finale de la Coupe du Monde. Et perdu comme on est, impossible même de capter une radio terrestre (oui, même les ondes longues). Arrive comme un oasis Tatla Lake, 20 habitants (allez, 70 avec les deux autres communautés à 15 km chacune), mais avec quand même un petit hôtel-restaurant-station service. Sauvés: dans un des bungalows, deux hollandais se préparent à regarder le match et le patron nous introduit vite fait. D'abord, on a faim. La première mi-temps a donc ressemblé à ça (ben oui, on est chez les cow-boys):

A la mi-temps, largement rassasiés, on sort s'enquérir du résultat et de l'ambiance. "Boring" nous dit-on. Bon, on passera donc la deuxième partie allongés dans l'herbe (pas très loin du bungalow orange, quand-même). Il faut dire que la vue était un peu plus sympa que le stade:
Allez, un coup de klaxon pour l'Espagne et on repart: c'est une longue journée de route, on profite des siestes des filles pour rouler. Le soir, grosse chaleur (plus de 30 degrès - ben oui, on est plus habitués à voir des températures qui commencent par un 2, alors des 30...). On s'arrête, on branche le bus, allume la climatisation (ben quoi?) et on en profite pour donner les bains à tout le monde (y compris Lila, la poupée waterproof de Julie, Marcel aurait grillé ses circuits).
Le lendemain, dernier jour dans le Chilcotin. On arrive au pont à partir duquel on recommence à capter la radio et qu'Odile a immortalisé avec un éclairage tout particulier:
Et on arrive en ville à Williams Lake, où on peut faire des courses normales, le plein et se défouler à une super place de jeux (pour Julie) dans le vent, le froid (oui, il faisait de nouveau 15 degrés) et sous des giboulées de grêles. Heureusement, tout est bien qui finit bien dans le grand lit du fond du bus, où huit yeux sont ouverts et dirigés vers Odile et son appareil photo en même temps, une performance. Ca chatouille, ça rigole.